Anyyuk et Alfar

« Arrête ça Anyyuk, cette guerre n’a aucun sens ! Il n’y avait pas besoin que ça se passe comme ça… »

« Alfar, ton pays nous a attaqué alors que nous ne menacions personne ! »

« Le pouvoir que vous détenez est bien trop grand ! Il doit être contrôlé par des instances communes, un seul pays ne peut garder ça. Tu sais ce qu’il peut faire. Tu as vu à quel point cela pourrait être destructeur pour le monde ! »

« Nous ne l’avons jamais mal utilisé ! Ce n’est qu’un dernier recours utilisé pour défendre notre pays ! Votre armée est aux portes de notre capitale, vous êtes ceux qui vont provoquer un désastre ! »

« Nous ne connaissons pas assez ses capacités ! Il pourrait devenir hors de contrôle et détruire le monde… Le Forgeur est une vraie menace et aucun pays ne devrait le détenir à lui seul… Tu le sais au fond de toi, Anyyuk »

« Je suis désolé Alfar… Il n’y a pas d’autre moyen. Je dois protéger ma famille et mon pays »

Anyyuk resta immobile, puis il sortit de sa poche une petite figurine et la lança par terre.

Les deux amis se trouvaient en plein milieu du champ de bataille, à une heure de marche de la capitale. Les combats faisaient rage, les bruits de métal et de projectiles qui fusent entouraient la scène.
Alfar observa avec horreur la figurine et compris instantanément. C’était trop tard. Il devait absolument retourner au camp au plus vite. Ce champ de bataille allait devenir une mare de sang en très peu de temps. Il fallait prévenir le porteur, lui seul pouvait intervenir pour éviter la destruction de la région, non, un véritable carnage.

« Ô Forgé. Défend la capitale, protège la population et détruis l’ennemi. »

Alfar courait le plus vite possible sans se retourner.
Il n’avait pas besoin d’entendre l’incantation, il avait suffisamment de connaissances concernant le Forgeur pour comprendre ce qui allait se passer. Alors qu’il courait, haletant, le monde se tut. Plus aucun bruit. Les combats s’étaient comme figés.

« Capitaine… « 

Alfar s’effondra dans la tente principale du camp, à l’arrière de la bataille.

« Capitaine, c’est catastrophique… Un Forgé… »

« Tss, ils nous prouvent une énième fois l’importance de le sceller. Le coffre, maintenant ! »

Deux combattants s’approchèrent du capitaine du camp avec un petit coffret en bois orné. L’un d’eux dit :

« Êtes vous vraiment certain ? Ses capacités exactes n’ont pas encore été confirmées… »

Booom.

« Nous n’avons pas le temps, ouvrez le ! Cette horreur est déjà arrivée ici, il va détruire toute la région. »

Le combattant ouvrit le coffret et le capitaine s’empara de la tesselle. Elle était blanche, avec un léger reflet gris. On pouvait se voir, mais pas très nettement, à l’intérieur. Elle était assez fine mais longue, avec une extrémité pointue.

Le Forgé était déjà arrivé au camp, et chargeait en direction de la tente principale. Le capitaine sortit, sans un mot.
Il brandit la tesselle au dessus de sa tête et, dans un mouvement énergique et direct, la planta dans le sol, face à lui.
Une lumière blanche, opaque, jaillit. Tous les habitants du camp étaient complètement figés, subjugués par la surface blanche qui avait envahi la zone. Elle devait bien faire quatre fois la hauteur du capitaine, et faisait la même largeur que la tente principale. Comme un épais brouillard sacré.

Le Forgé ne s’arrêta pas. Il fonça droit sur ce brouillard, comme si son objectif était de raser la tente et le capitaine avec.
Soudain la surface blanche changea. Ses extrémités se sont allongées, comme un drap tiré en plein de points différents. Dans toutes les directions. On aurait dit un drap hanté, il semblait habité par une force, une conscience. En une seconde, il engloutit le Forgé, et le silence tomba.

Après quelques instants, le brouillard se dissipa entièrement. Les personnes présentes, y compris Alfar, n’en croyaient pas leurs yeux. Le Forgé avait tout simplement disparu.
Cependant, il y avait eu un prix à payer.