« Es-tu prêt, Val’Rok ? »
« Oui. »
« Va’stala se rappellera de toi comme d’un fier guerrier qui aura donné sa vie pour son peuple. Tu feras partie des héros et nous honorerons ta mémoire. »
« Je sais. Je ne compte pas revenir en arrière. »
L’escouade était composée de 4 combattants. La mission avait été décidée il y a deux jours, ils frapperaient avec une puissance destructrice. Tout le monde ici savait ce que cela signifiait. Ils ne seraient que trois à rentrer. Cette arme, dont le passé en porte encore les traces, a toujours ôté la vie de son utilisateur. Depuis la découverte de cette fin inévitable et tragique, le peuple Va’stal a décidé d’ériger en héros les combattants se portant volontaire.
Val’Rok sortit de sa poche un petit morceau de tissu plié. A l’intérieur se trouvait un rubis magnifique. Il faisait la longueur d’un doigt et était taillé en forme de pointe de flèche. Val’Rok observa la ville au loin. Ils avaient choisi de se positionner dans les hauteurs, dans une forêt sur une colline proche. Ils devraient être à deux heures de marche de la ville. Ainsi, le reste du groupe pourrait s’enfuir sans problème. Avant de se poser trop de questions et de regretter son choix, Val’Rok plaça la pierre précieuse sur le dos de sa main gauche. Il fit le vide en lui. Les bruits de la forêt se calmèrent, les oiseaux, le vent, le souffle de ses compagnons. Tout ralentit et s’apaisa, jusqu’à un calme plat.
« Buveuse, prête-moi ton pouvoir. Je t’offre ma vie en échange, mais aide moi à venger mon peuple ! »
Le rubis se mit à luire. Puis, sous le regard horrifié et triste de ses compagnons, les vaisseaux sanguins du bras droit de Val’Rok s’arrachèrent au niveau de son poignet. Ils virevoltaient dans l’air, comme s’ils cherchaient où aller. En une fraction de seconde, le rubis en forme de pointe de flèche se mit à rougeoyer beaucoup plus fort. Les vaisseaux sanguins se ruèrent vers lui afin de s’y connecter, comme s’ils se greffaient à un cœur artificiel. Val’Rok ferma les yeux et se concentra sur lui-même. Il devait garder le contrôle le plus longtemps possible. D’après les archives, le fragment se nourrit du sang du porteur. Plus il absorbe de sang, plus les dégâts sont considérables. Les archives des Va’stal étaient formelles sur ce point.
Alors que sa peau commençait à blanchir à vue d’œil, Val’Rok arma son bras gauche vers le ciel, en direction de la ville. Un gigantesque arc rouge apparu, mêlant la couleur et les reflets du rubis à ceux du sang. Il semblait faire partie intégrante de son corps. Il pulsait, empli d’une énergie fascinante et terrifiante. Ses compagnons l’observaient un peu plus loin, dans le calme. Leur partenaire ne ressemblait déjà presque plus à un être vivant. Il était maintenant tout blanc, la peau flétrie. Ses cheveux commençaient à tomber, de même que ses vêtements, qui ne tenaient plus à cause de son corps devenu rachitique. Malgré cela, Val’Rok s’accrochait. Il n’avait pas d’autre choix, il s’agissait de sa dernière action en ce monde, il le faisait pour son peuple. Il devait s’assurer que personne ne survivrait.
La puissance qui émanait de l’arc, devenu gigantesque, affectait les alentours. Les arbres de la forêt commençaient à saigner, comme s’ils partageaient la douleur du Va’stal, et tentaient, malgré eux, de contribuer à ses efforts. Puis l’arc décocha. Une énorme traînée rouge sang arriva en un instant au-dessus de la ville. Elle forma une énorme boule qui, en 3 secondes, s’est étendue en forme de flaque de sang, du diamètre de la cité. Les trois combattants observaient en silence. Ils ne verraient probablement jamais ceci à nouveau, et se devaient d’observer la raison du sacrifice de leur camarade.
Tout se passa en un instant. D’innombrables tuyaux de sang descendirent des cieux, en ligne droite ou oblique. Tous en même temps. En une seconde. Ils embrochèrent l’entièreté de la ville, ses souterrains et ses habitants avec. Nombreux étaient les passants qui, la tête tournée vers le ciel, observant ce nuage ensanglanté, furent embrochés de toutes parts. Le roi, lui, était assis sur son trône, transpercé par trois filaments rouges, un dans chaque œil et un à travers la colonne vertébrale, en passant par le haut de la tête. La quantité de sang fournie avait été tellement importante que les lames de sang n’étaient séparées que d’un pied les unes des autres.
Autrement dit, personne ne pouvait en réchapper. La ville fut figée dans son dernier instant.
Les trois Va’stal, leur compagnon dans un sac, enrobèrent délicatement le rubis dans son tissu, et firent demi-tour.