Minp’ra

La région de Minp’ra a toujours été luxuriante. Elle n’est pas grande, mais dispose de tout ce qui est nécessaire pour vivre en autonomie. Une montagne, fendue en deux à la verticale sur toute sa moitié supérieure, siège en son centre. Les différents villages se sont installés à ses abords, traversés par un magnifique cours d’eau et abrités par la forêt. Une forêt si dense qu’il serait impossible de déceler quelconque vie depuis les hauteurs. Une forêt si dense, mais également si riche en nourriture de tous types : fruits, gibiers, racines, champignons. Les habitants de tous les villages, vivant ici depuis des générations, n’ont que peu de soucis à se faire, vivent de leurs quelques cultures, de l’entretien de cette terre, et construisent leurs maisons grâce aux roches extraites de la montagne.

Une légende raconte que cette montagne aurait, autrefois, été le réceptacle d’une arme gigantesque. L’arme, vestige d’une guerre entre divinités, aurait empêché toute vie proche de subsister pendant des millénaires. Jusqu’à ce qu’un jour une entité inconnue s’en empare, retirant l’objet de son fourreau de pierre, annulant la malédiction pesant sur les lieux, et laissant, au passage, une marque indélébile sur la montagne. Depuis, la faune et la flore ont repris le contrôle de la région à un niveau jamais connu auparavant, des populations se sont installées et y prospèrent.

A ce jour, les quatre villages majeurs de Minp’ra rapportent la légende de façon similaire, mais font état d’armes bien différentes. Deux des quatre affirment qu’il s’agissait d’une épée géante, de forme et d’apparence classique, avec une garde droite, plantée à la verticale. Un village prétend qu’il s’agissait en réalité de deux épées, plantées à 45 degrés, comme si elles avaient glissé l’une contre l’autre en s’entrechoquant lors d’un combat. Le dernier village majeur, lui, laisse entendre qu’il n’y aurait jamais eu d’arme à proprement parler, mais plutôt un énorme fragment de verre qui, en raison des reflets, de sa taille et de sa composition, aurait fait apparaitre des illusions aux personnes l’ayant vu, et expliquerait pourquoi chaque village dispose d’une version différente.

Bien qu’il n’y ait aucune animosité ni violence entre les villages, il faut bien avouer que chacun pense avoir raison, et qu’affirmer le contraire serait un déshonneur total envers leurs ancêtres, fondateurs de ces coins de paradis. Ainsi, tout le monde maintien le statu quo, et la légende n’est discutée qu’en petit comité, le soir autour d’un feu, dans le calme et la bonne humeur.