Zery n’a jamais trop aimé la compagnie. Mais personne n’aurait pu deviner que cela s’aggraverait au point de partir, sans jamais prévenir personne, dans des endroits complètement inconnus et hors de la réalité de ce monde. A chaque fois qu’il revenait au village, il semblait exténué, absent. Il se reposait quelques jours dans sa bicoque, et disparaissait à nouveau.
D’ailleurs, personne n’a jamais su comment il faisait, ni où il allait. C’était la source de nombreuses discussions parmi les habitants. Certains pensaient qu’il était frivole et se rendait dans les villages voisins en quête d’amour et de relations charnelles. D’autres pensaient qu’il était fou et, une fois sa conscience revenue, ne pouvait que rentrer chez lui.
Vous n’imaginez pas à quel point Zery a animé les soirées du village pendant plusieurs années. Bien malgré lui, ha ha.
Ses parents étaient des gens appréciés. Simples, affables. Il en était de même le concernant, lorsqu’ils étaient encore là. Ils disposaient d’une petite parcelle d’arbres fruitiers, non loin du village. Certainement les meilleurs de tous. Rien qu’au goût des fruits, on sentait qu’ils mettaient du cœur à l’ouvrage. Ils n’hésitaient pas à en faire profiter tout les habitants, avant de partir vendre leurs récoltes dans les environs pendant quelques jours.
Malheureusement, Zery n’a pas eu une vie facile… Ses deux parents sont décédés subitement lorsqu’il avait 16 ans. Un genre de maladie mortelle fulgurante, d’après les anciens de l’époque. Tout ce qu’il lui resta d’eux fut un simple collier. A cause de cela, il a été ostracisé pendant 2 ans dans sa bicoque. Personne ne voulait l’approcher, et les anciens lui déposaient de la nourriture à heure fixe au pas de sa porte. Ce n’est qu’à sa majorité, en voyant qu’il n’avait pas été contaminé par la même maladie, que les anciens ont accepté de le faire sortir de chez lui. Mais au lieu de rejoindre le reste du village, il a commencé à disparaitre pendant des jours et des semaines, pour revenir de façon aléatoire, sans aucune explication. Cette perte tragique lui a probablement détruit le cerveau, pauvre homme.
Un jour, je l’ai vu rentrer chez lui complètement frigorifié. On était en plein été, rendez-vous compte. Ayant le même âge que lui, j’ai voulu sympathiser pour essayer d’en savoir plus, en pensant qu’il se livrerait à moi plus facilement qu’aux autres. Il ne m’aura dit qu’un seul mot : « Chaos ». J’étais complètement perdu. Le deuil lui a-t-il grillé le cerveau au point qu’il ne puisse faire des phrases ni même raconter quelque chose de sensé ?
Et ses yeux, son regard. J’ai eu l’impression qu’il venait d’une autre époque. On aurait dit un être primitif, perdu, effrayant. C’est la dernière approche que j’ai tentée avec lui. Je n’avais vraiment pas envie de perdre la vie pour avoir interagi avec un fou.
Après avoir rapporté cette mésaventure aux anciens, le village a décidé d’interagir le moins possible avec Zery, tout en le laissant vivre chez lui, lorsqu’il était présent.
Au fil du temps, ses apparitions se sont faites de plus en plus rares. La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a 3 ans.
J’étais en pleine cueillette, à quelques pas de l’entrée du village, pas très loin de sa bicoque. J’ai eu la peur de ma vie lorsqu’il est subitement sorti de chez lui et s’est approché de moi. Ha, j’ai vraiment cru que mon heure était venue. Il s’est arrêté devant moi, et m’a regardé droit dans les yeux. Etrangement, il n’avait pas l’air si fou à ce moment-là. Il ne m’a dit qu’une chose, une phrase cette fois-ci : « Chaos dort encore, mais Vermeil approche ».
Je ne sais si ces paroles auront du sens un jour, mais après tout, à quoi bon chercher du sens dans les dires d’un fou ? Je ne l’ai jamais revu depuis, j’ignore où il est, et je doute le revoir un jour. Peut-être s’est-il enfuit avec une conquête d’un autre village, ou bien s’est-il perdu à jamais.